En France, chaque année, plus d’un million de personnes consultent pour des problèmes de perte d’équilibre ou de vertiges. Ce chiffre brut donne le ton : ces troubles ne sont pas l’apanage d’une tranche d’âge ou d’un profil particulier, ils traversent la société, s’invitant dans la vie de chacun avec une discrétion parfois trompeuse. Pourtant, derrière ces sensations instables se cachent des maladies bien réelles, souvent sous-estimées, qui perturbent la stabilité du quotidien.
Souvent, les vertiges et la perte d’équilibre se mêlent à des signes diffus, passant facilement sous le radar. Ce flou retarde le moment du bon diagnostic, et donc celui d’un traitement efficace. Plus vite la cause est repérée, plus vite on coupe court au cercle vicieux des complications, voilà pourquoi il faut agir sans attendre.
Perte d’équilibre et vertiges : de quoi parle-t-on exactement ?
Vertige ou simple perte d’équilibre ? La distinction n’est pas toujours évidente, ni pour la personne concernée ni pour le médecin. Tout commence par une impression bizarre : le monde semble tourner, le corps tangue, alors que tout autour reste fixe. Cette sensation de vertige, bien différente de la « tête qui tourne » d’un petit malaise, désoriente. On parle ici d’une véritable illusion de mouvement, parfois brutale, parfois plus insidieuse.
L’explication se trouve dans l’oreille interne. Ce petit chef-d’œuvre d’ingénierie biologique, abritant le système vestibulaire, gère en coulisses notre orientation. Les cristaux, ou otolithes, y jouent un rôle clé. Quand ils se déplacent de façon anormale, ils déclenchent le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB), responsable de crises courtes mais puissantes, qui laissent le patient sonné.
Les troubles de l’équilibre vont rarement seuls. À côté des vertiges, on retrouve des étourdissements, des problèmes de coordination (ataxie) ou des risques de chute. Le déséquilibre peut s’installer lentement ou surgir d’un coup, selon sa cause. Les médecins distinguent deux grands types : les troubles périphériques, liés à l’oreille interne, et les troubles centraux, issus d’un problème cérébral.
Comprendre ces nuances : c’est la clé pour guider l’examen clinique, choisir les bons tests et proposer une solution adaptée. Le système vestibulaire, véritable gyroscope humain, garantit notre stabilité à chaque pas, à chaque détour, dans la rue comme dans l’escalier.
Pourquoi ces troubles apparaissent-ils ? Zoom sur les principales causes médicales
Les raisons d’un déséquilibre ou d’un vertige sont multiples. Côté périphérique, l’oreille interne concentre de nombreuses maladies. Le VPPB, très fréquent, surgit lorsque des otolithes migrent dans le labyrinthe. Résultat : de courtes crises de vertige, spectaculaires mais sans lésion grave. Autre cause répandue, la névrite vestibulaire, souvent déclenchée par un virus, provoque un vertige rotatoire brutal, accompagné de nausées et d’une instabilité persistante.
La maladie de Ménière impose sa signature : vertiges longs, perte d’audition fluctuante, acouphènes. Les infections comme la labyrinthite s’attaquent aussi à l’oreille interne, combinant troubles de l’équilibre et surdité.
Mais le cerveau intervient aussi. Une atteinte du tronc cérébral ou du cervelet, par exemple lors d’un accident vasculaire cérébral (AVC), d’une sclérose en plaques ou d’une tumeur, désorganise la gestion centrale de l’équilibre. S’y ajoutent parfois ataxie et troubles de la marche, compliquant encore le tableau.
D’autres facteurs entrent en jeu : certains médicaments, l’hypotension à l’effort, le vieillissement, la faiblesse musculaire. Chez les plus âgés, ces éléments fragilisent l’équilibre. Enfin, les troubles de la vue ou de la perception corporelle (proprioception) désorientent le cerveau, augmentant le risque de chute.
Reconnaître les symptômes qui doivent alerter
La façon dont se manifestent vertiges et pertes d’équilibre donne des indices précieux. Quand l’environnement semble basculer ou tourner, le vertige s’accompagne souvent de nausées, parfois de vomissements. Ce scénario, typique d’un VPPB ou d’une névrite vestibulaire, impressionne, mais reste souvent isolé.
Certains cas appellent une attention renforcée. Si un vertige s’associe à une perte d’audition d’un côté ou à des acouphènes, il faut penser à une maladie de Ménière ou à une labyrinthite. D’autres signes, comme le nystagmus (mouvements involontaires des yeux), l’ataxie ou les difficultés à marcher, orientent vers une origine centrale, touchant le tronc cérébral ou le cervelet.
Voici les symptômes à repérer pour mieux cibler l’origine du problème :
- Nausée et vomissement : ils accompagnent souvent le vertige rotatoire.
- Perte auditive et acouphènes : ils orientent vers une atteinte de l’oreille interne.
- Nystagmus : ce signe objectif est recherché lors de l’examen.
- Chute inexpliquée : chez les seniors, cela peut révéler un déséquilibre sous-jacent.
Si des troubles de la vision, une faiblesse musculaire ou d’autres signaux neurologiques apparaissent (engourdissement, trouble du langage), il faut rapidement consulter. Un AVC ou une tumeur cérébrale ne sont pas à exclure. Pour les spécialistes, ce faisceau de symptômes détermine l’urgence et le type d’intervention à privilégier.
Diagnostic, traitements et conseils pour mieux vivre au quotidien
Pour poser le diagnostic, tout commence par un examen clinique précis. Le médecin observe les yeux à la recherche d’un nystagmus, pose les bonnes questions sur la nature et le contexte des symptômes, et peut réaliser des tests spécifiques comme le test de Romberg ou l’audiogramme. Si une atteinte centrale est suspectée, une IRM cérébrale ou un scanner s’impose pour éliminer une cause grave. En cas de VPPB, le diagnostic peut s’affiner grâce à des manœuvres positionnelles, immédiatement suivies d’une manœuvre thérapeutique comme celle d’Epley ou de Semont.
Le traitement dépend du diagnostic précis. Pour le VPPB, la manœuvre d’Epley donne d’excellents résultats. La rééducation vestibulaire, menée par un kinésithérapeute, s’avère précieuse pour les troubles persistants. Elle combine exercices de stabilisation du regard, entraînement à la marche et renforcement musculaire. Les médicaments antivertigineux, antiémétiques ou antihistaminiques peuvent aider pendant la crise, mais leur usage doit rester limité dans le temps.
Conseils pratiques pour limiter le risque de chute
Quelques mesures concrètes permettent de réduire les accidents et d’améliorer la sécurité, en particulier à domicile :
- Réaménagez les pièces : retirez les obstacles au sol, fixez les tapis, installez des barres d’appui.
- Favorisez une activité physique régulière, qui entretient la proprioception et renforce les muscles.
- Recourez à des aides techniques adaptées si besoin : canne, déambulateur, selon la situation.
- Face à un vertige persistant, à une démarche incertaine ou à des chutes à répétition, sollicitez rapidement un professionnel de santé.
La prévention passe aussi par une vigilance sur les traitements en cours, l’adaptation de l’environnement, et, pour les personnes âgées, l’utilisation de dispositifs de soutien comme MaPrimeAdapt’ pour sécuriser le logement et conserver plus longtemps son autonomie.
Finalement, retrouver son équilibre, c’est bien plus qu’une question de posture : c’est renouer avec la liberté de bouger sans crainte, de marcher la tête haute, même lorsque tout vacille un peu autour de soi.


